Responsabiliser les médias, bras armé de l’Etat contre la désinformation et les rumeurs

Nevine Ahmed Mercredi 25 Septembre 2019-13:04:27 Chronique et Analyse
Le président Abdel Fattah Al-Sissi
Le président Abdel Fattah Al-Sissi

Les plateformes sociales sont un lieu de bruissement de nouvelles en tous genres. Certaines sont vraies, beaucoup d’autres ne sont que des désinformations. Les stratégies de contournement prises par l’Etat s’avèrent indispensables pour répondre efficacement aux canulars et aux rumeurs. Récemment, la 8e édition du Forum national des Jeunes y a consacré toute une séance, au cours de laquelle le Président Al-Sissi a parlé franchement de cette nouvelle arme dangereuse, contre laquelle il a fermement déclaré la guerre.





Fausses nouvelles, canulars et propagande ont toujours existé. Mais à l’ère de l’omniprésence du web, l’information voyage plus vite que jamais et n’importe qui, peut produire de l’information mensongère en seulement quelques clics sur son “smartphone”. Même pas besoin d’un ordinateur. Ainsi, la situation se complique-t-elle puisque l’information de qualité et vraie se trouve côtoyée par des désinformations et des mensonges ou des satires. Phénomène alarmant, d’autant qu’il se dresse comme une nouvelle guerre - une guerre de 4e génération - ciblant directement la stabilité de la communauté et de l’Etat.

Les blogueurs et les instigateurs du chaos cherchent donc à faire circuler les rumeurs pour déstabiliser les pays et ainsi en réaliser leurs fins politiques. Faire propager le chaos dans la société en est leur objectif ultime afin de torpiller la confiance qu’a le peuple en sa Direction et en son régime. Les réseaux sociaux s’avèrent un sol fertile pour eux et la tribune idéale d’où ils infusent les sociétés de poisons et déstabilisent les situations politique et économique dans le pays.

Les pays arabes ne sont pas les seuls à être touchés par cette guerre de rumeurs. L’affaire s’est également étendue aux autres pays du monde, y compris les grandes puissances et les pays occidentaux. Ainsi, a-t-on vu les soi-disant activistes politiques embraser les feux de révolte - en faisant circuler de fausses nouvelles - contre des démarches réformatrices prises par ces puissances, sur le plan économique.

D’habitude, les fausses informations se diffusent largement et inquiètent les pouvoirs locaux. Certaines stratégies de contournement devront être prises pour répondre efficacement au danger de la désinformation. La prochaine période connaîtra une vive action à ce propos, afin de mobiliser les médias et transformer les fausses nouvelles en arguments politiques, pour ainsi défendre les intérêts de la communauté et de l’Etat.

Les observateurs appellent à prendre des mesures décisives pour sévèrement réprimer ces rumeurs et ceux qui les font circuler. Une thématique donc très actuelle, les fausses informations, en particulier celles qui ont récemment circulé sur les réseaux socio-numériques, ciblant et attaquant l’Armée égyptienne, la Direction et tout le régime, ont valu toute une large séance lors de la 8e édition du Forum national des Jeunes, récemment tenu au Caire, pour ainsi discuter de cette nouvelle arme au prisme des enjeux qui font face à l’Etat.

L’extension de l’accès aux outils numériques a changé notre manière d’accéder à l’information. Avant les années 2000, cette information était filtrée par les “gatekeepers”, c’est-à-dire les journalistes. Les professionnels de l’information sont aujourd’hui de plus en plus concurrencés par des algorithmes, qui présélectionnent les informations susceptibles d‘intéresser l’utilisateur. La notion de “fake news”, semble facile à appréhender de premier abord. Il s’agit de fausses nouvelles, d’« infox », c’est-à-dire des contenus médiatiques qui ressemblent à de l’information, mais dont le but est de détourner et tromper le public. Ce terme d’infox est apparu pour la première fois lors des débats publics dirigés au cours des élections américaines et françaises en 2017.

Ces contenus douteux concurrencent donc le travail des journalistes dans les médias traditionnels, d’où l’appel à des législations sévères pour tous ceux qui font répandre des désinformations, des rumeurs ou de la négative propagande. Ainsi, les commissions parlementaires travaillent-elles à discuter de ce sujet important au cours de la nouvelle session parlementaire, pour élaborer de nouvelles législations qui sanctionnent les instigateurs du chaos et ceux qui se plaisent à véhiculer les rumeurs. Ces sanctions s’élèvent à des peines de prison.

Des recommandations seront également soumises au gouvernement pour éviter toute atteinte à la sécurité et à la stabilité de la nation. Des stratégies de contournement seront adoptées par les médias. “Faire propager les rumeurs et les fausses nouvelles devrait être criminalisé et pénalisé”, tempête le député Ahmed Badawi, chef de la commission “Communications et technologie de l’information” du Parlement. Et le député de poursuivre sur un ton décisif : “Ces sanctions devraient être sévères, arrivant même jusqu’à la prison à perpétuité si jamais la rumeur a directement touché et porté atteinte à la sécurité nationale du pays”.

Badawi révèle que des millions de dollars sont dépensés par les pays qui appuient le terrorisme, en recrutant certains blogueurs afin qu’ils fassent circuler ces désinformations et déçoivent ainsi le public. Il souligne cependant, que les autorités concernées ont fermé plus de 500 pages sur les réseaux sociaux, qui visaient à faire circuler les fausses nouvelles et à mettre le doute dans les projets nationaux mis en place par l’Etat. “Un portail sera créé pour chaque gouvernorat et ministère, relevant du Centre de prise de décision du Conseil des ministres. Il sera chargé de répondre aux rumeurs”, a-t-il dit.

Les sanctions qui seront imposées à ceux qui font circuler les rumeurs et les désinformations, sont prévues varier d'une peine de prison allant de 6 mois à 3 ans à une amende qui n’est pas moins de 10 mille LE. et ne dépassant par les 100 mille LE.

Parmi également les propositions à cet égard, la création d’un Dispositif relevant du Conseil des ministres, et regroupant des représentants des ministères de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Justice, des Communications, des Waqfs, ainsi que des représentants des Services de renseignement, d’Al-Azhar, de l’Eglise et du Haut Conseil de la presse. Ce Dispositif sera chargé de recenser et d’enregistrer toutes les rumeurs qui courent.

Les psychiatres pour leur part s'alarment du danger qui menace les jeunes et les adolescents, cette tranche d’âge principalement ciblée par ceux qui trament les fausses nouvelles et les rumeurs. Ils soulignent que cette tranche d’âge est facile à influencer et est visée par les ennemis de la nation dans le but de décevoir ces jeunes.

Une des solutions trouvées par les journalistes pour contrecarrer la dissémination de ces fausses informations est le “fact checking”(révision des faits), estiment les experts. C’est une technique qui permet de vérifier les rumeurs. C’est ce que - en quelque sorte - feront les nouveaux centres de contrôle et d’observation prévus être créés. Les fausses nouvelles se sont constituées en un véritable problème public puisqu’elles tendent à dévoyer les règles officielles du jeu démocratique, fondé sur la véracité des faits et la rationalité des arguments.

En définitive, si la rumeur est le plus ancien média du monde, comme on dit, on assiste cependant ces dernières années à une expansion significative des fausses nouvelles. Ce ne sont qu’une sorte d’arme des faibles, affirment les experts.

Mais ce sujet n’a pas manqué de susciter l’intérêt du public. De nombreuses questions se posent à ce propos, ce qui révèle bien du fait que ce sujet attire autant qu’il inquiète.

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